Un héros loin des stéréotypes du 'papa triste'

Attention spoilers : cet article révèle des éléments de l’intrigue de Pragmata. Vous est-il déjà arrivé de croiser un homme d’âge mûr, proche de la retraite mais pas encore senior, arborant une barbe négligée ou une barbe de trois jours, avec un passé violent qu’il regrette ? Vous avez rencontré un enfant – peut-être le vôtre, probablement pas – lors d’une crise, et vous vous sentez obligé de le protéger. Mais une question vous hante : et si je redevenais ce monstre violent que j’étais ? Et si je gâchais cet enfant comme on m’a gâché ? Et si je le faisais tuer… ou pire, en faisais un bourreau ?

Si ces doutes vous parlent, vous reconnaissez peut-être le protagoniste d’un jeu 'papa triste', un sous-genre né dans les années 2010. Joel de The Last of Us, Kratos de la renaissance de God of War, ou encore Lee de The Walking Dead (Telltale) forment le trio emblématique de cette tendance. Mais la liste est bien plus longue : à mesure que les concepteurs de jeux vidéo (un milieu encore largement masculin) devenaient pères dans la vie réelle, leur sentiment de responsabilité a imprégné leurs créations. Résultat ? Des jeux prétendant explorer la profondeur émotionnelle, mais échouant souvent à convaincre, superposant une mélancolie artificielle à des mécaniques violentes éculées.

Pragmata brise les codes du genre

Pragmata partage certains éléments avec ces jeux – une relation centrale entre un adulte et un enfant (ou une entité robotique à l’apparence juvénile) – mais s’en éloigne radicalement sur des points clés. Hugh Williams, le protagoniste barbu évoluant dans une base lunaire contrôlée par une IA meurtrière, n’est ni triste, ni père, ni même une figure paternelle. Il ne protège pas vraiment son compagnon robotique, Diana.

L’étiquette de 'jeu de grand frère ou d’ami bienveillant de la famille', bien que moins accrocheuse, correspondrait mieux à sa dynamique. Hugh incarne une sérénité presque déstabilisante. Aucun passé violent honteux ne le ronge. Aucune famille brisée à regretter. Aucune culpabilité à exprimer face à la violence qu’il déploie (peut-être parce qu’il ne tire que sur des robots recyclables, et non sur des humains).

Ce que l’on découvre de sa vie est remarquablement ordinaire : une enfance, des études, un emploi l’ayant mené sur la Lune, puis l’arrivée de problèmes… autour de lui, mais pas à cause de lui. L’aspect le plus marquant ? Il a été adopté, un sujet qu’il aborde longuement avec Diana. Ses conseils à son égard ? Des leçons de vie simples, mais essentielles pour devenir une personne décente.

Une approche rafraîchissante dans le paysage vidéoludique

En rejetant les tropes du 'papa triste', Pragmata propose une narration plus mature et moins prévisible. Hugh n’est pas un archétype en crise existentielle, mais un personnage dont les choix et les actions découlent d’une logique cohérente, sans pathos forcé. Son adoption, évoquée avec naturel, ajoute une dimension humaine sans tomber dans le mélodrame.

Contrairement à d’autres titres où la violence est systématiquement associée à une culpabilité ou une rédemption, Pragmata présente un héros dont les actes, bien que brutaux, ne sont pas moralement ambivalents. Une bouffée d’air frais dans un genre souvent saturé de clichés.

Source : AV Club