Une décision brutale contre la science américaine
Depuis le début de son second mandat en 2024, le président Donald Trump multiplie les attaques contre les fondements de la science fédérale aux États-Unis. Réduction ou gel des financements, licenciements massifs de chercheurs, annulation de subventions pour des raisons idéologiques et fermeture de laboratoires : l’administration Trump a systématiquement affaibli le paysage scientifique américain. Pourtant, la décision prise la semaine dernière de licencier l’intégralité des 22 membres du Conseil national de la science (NSB) marque un tournant particulièrement inquiétant.
Un « moment sombre » pour la recherche
Jacquelyn Gill, paléoécologue et biogéographe à l’Université du Maine, qualifie cette mesure de « l’un des moments les plus sombres » des 18 derniers mois. « C’était terrifiant. Mon estomac s’est noué en voyant que l’ensemble du conseil avait été licencié du jour au lendemain », déclare-t-elle. « Ce conseil représentait le dernier rempart de responsabilité, de transparence et d’expertise scientifique. Il vient d’être démantelé en un instant. »
Cette décision s’inscrit dans la continuité des attaques répétées de l’administration Trump contre la science, selon plusieurs chercheurs. Le NSB joue un rôle central dans la supervision de la Fondation nationale pour la science (NSF), principal organisme de financement de la recherche dans des domaines comme la chimie, l’ingénierie, la biologie, l’environnement, l’informatique et les technologies. La NSF soutient les travaux universitaires et forme la prochaine génération de scientifiques.
Un conseil indépendant, conçu pour résister aux changements politiques
Créé par le Congrès en 1950, le NSB est un organe indépendant composé d’experts scientifiques nommés pour des mandats échelonnés de six ans. Ces membres sont choisis pour leur excellence et leur contribution exceptionnelle dans leur domaine. Vendredi dernier, ils ont reçu un courriel les informant que leurs postes étaient « immédiatement supprimés ». Le site de la NSF affiche désormais « nominations en attente » au lieu de la liste des membres.
Geraldine Richmond, professeure de chimie à l’Université de l’Oregon et ancienne membre du NSB, souligne l’importance cruciale de ce conseil : « Il conseille le Congrès et le président sur des enjeux nationaux majeurs. » Nommée à ce poste par Barack Obama, puis reconduite par Trump lors de son premier mandat, elle craint désormais que les nouveaux membres ne soient choisis pour leur loyauté politique plutôt que pour leur expertise scientifique.
Risques pour l’innovation et la confiance dans la science
Les experts redoutent que cette décision ne porte atteinte à la crédibilité de la science publique et n’affaiblisse durablement la compétitivité américaine dans des domaines de recherche critiques. Le NSB est un pilier du système qui favorise l’innovation et forme les futurs scientifiques. Son remplacement par des personnalités aux motivations partisanes pourrait compromettre son rôle de garde-fou contre les décisions arbitraires.
Carlos Javier Martinez, chercheur senior, résume la situation : « Malgré l’ampleur de cette décision, elle n’est pas surprenante au vu des actions de cette administration depuis janvier 2025. »
« Ce conseil était conçu pour être dirigé par les meilleurs experts scientifiques, représentant un consensus sur la direction que la science doit prendre dans ce pays. Ce n’est pas l’affaire d’un président, quel qu’il soit. »
— Jacquelyn Gill, paléoécologue et biogéographe à l’Université du Maine