Les négociations internationales sur la réduction des émissions du transport maritime ont connu un rebondissement majeur lors de la dernière réunion du Comité de protection du milieu marin (MEPC84) de l’Organisation maritime internationale (OMI), tenue à Londres. Les pays participants sont désormais « de retour sur la bonne voie » pour adopter un cadre ambitieux visant à atteindre le zéro émission nette d’ici 2050, malgré les obstacles rencontrés ces derniers mois.
Ce cadre, initialement prévu pour être approuvé fin 2025, avait été retardé en raison de l’opposition des États-Unis et de certains producteurs d’énergies fossiles. Ces derniers ont critiqué, voire rejeté, le mécanisme de tarification du carbone intégré au projet, jugé trop contraignant. Une coalition menée par les États-Unis, l’Argentine, le Liberia et Panama a proposé une version édulcorée du texte, supprimant notamment la taxe carbone et le système d’échange de crédits. Pourtant, malgré ces divisions, les délégations ont réaffirmé leur engagement à trouver un compromis lors de la prochaine réunion prévue en décembre 2026.
Pourquoi le cadre « zéro émission nette » a-t-il été retardé ?
En avril 2025, lors de la réunion MEPC83, une majorité de pays avait validé un projet de cadre incluant une taxe carbone sur les émissions des navires et un système de crédits compensatoires. Ce texte prévoyait des objectifs progressifs de réduction de l’intensité carbone : 4 % dès 2028, puis 30 % en 2035, avec une cible maximale de 17 % en 2028 et 43 % en 2035. Les navires ne respectant pas ces seuils auraient dû acheter des « unités correctives » à 380 dollars l’unité.
Cependant, les États-Unis, opposés à cette approche, ont exercé des pressions lors des négociations d’octobre 2025, accusés de « méthodes de cow-boy » par leurs partenaires. Résultat : le cadre n’a pas été adopté, plongeant le secteur dans l’incertitude. Certains pays producteurs de pétrole et groupes industriels ont ensuite demandé son abandon pur et simple ou sa simplification radicale.
Qui sont les principaux acteurs de ce débat ?
Plusieurs blocs se dessinent au sein de l’OMI :
- Les partisans du cadre initial : l’Union européenne, le Brésil et les petits États insulaires du Pacifique, qui défendent une approche équilibrée et ambitieuse pour décarboner le secteur maritime.
- Les opposants à la taxe carbone : les États-Unis, certains pays producteurs de pétrole (comme l’Arabie saoudite) et des armateurs, qui privilégient des mesures volontaires ou des alternatives moins contraignantes.
- Les pays sous pavillon de complaisance : le Liberia et Panama, représentant ensemble un tiers de la flotte mondiale, ont proposé une version allégée du texte, excluant la tarification du carbone.
Quelles alternatives ont été envisagées ?
Face aux blocages, plusieurs propositions ont émergé :
- Un système de subventions pour encourager l’adoption de carburants verts, sans obligation de réduction des émissions.
- Une approche sectorielle, avec des objectifs nationaux plutôt que globaux, pour laisser plus de flexibilité aux États.
- L’abandon pur et simple du cadre actuel au profit d’un nouveau texte, moins ambitieux, à négocier d’ici 2026.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Malgré les désaccords, la réunion de décembre 2026 reste la date butoir pour adopter un cadre définitif. Les pays devront trancher entre une version strictement réglementée, incluant une taxe carbone, ou une approche plus souple, axée sur des incitations. Les défenseurs du projet initial, comme l’UE, insistent sur la nécessité d’agir rapidement : « Le transport maritime représente plus de 2 % des émissions mondiales. Sans cadre contraignant, le secteur ne pourra pas contribuer à l’objectif de l’Accord de Paris », a déclaré un représentant européen.
Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si l’OMI parviendra à concilier les intérêts économiques et environnementaux, ou si le secteur maritime restera un point aveugle dans la lutte contre le changement climatique.