Un accord sans valeur pour les contribuables américains

L’administration Trump avait présenté l’annulation des baux éoliens offshore de TotalEnergies comme un échange avantageux : le gouvernement rembourserait l’entreprise à hauteur de ses investissements, en échange d’un redéploiement des fonds vers les énergies fossiles américaines. Pourtant, les documents officiels, rendus publics vendredi par le Bureau de gestion de l’énergie océanique (BOEM), révèlent une tout autre réalité.

Des fonds déjà engagés, remboursés sans effort

Contrairement aux déclarations initiales, TotalEnergies n’a pas eu à réaliser de nouveaux investissements pour obtenir son chèque de près d’un milliard de dollars. Les accords de règlement, publiés par le BOEM, précisent que l’entreprise pouvait simplement soumettre des reçus pour des dépenses déjà engagées, y compris avant l’annulation des baux.

Les termes imposaient à TotalEnergies de dépenser un montant équivalent à celui des baux éoliens offshore dans des projets énergétiques conventionnels entre le 18 novembre 2025 et le 30 septembre 2026. Les dépenses éligibles incluaient :

  • Les investissements directs dans ses propres projets pétroliers et gaziers ;
  • Les fonds alloués via des coentreprises.

Une fois les fonds dépensés, TotalEnergies devait fournir un audit tiers au Département de l’Intérieur, qui annulait alors les baux.

Le projet Rio Grande LNG : un cas emblématique

Parmi les dépenses éligibles figuraient celles liées au terminal d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) Rio Grande, un projet pour lequel TotalEnergies avait déjà pris une décision finale d’investissement en septembre 2024. En moins de 21 semaines, l’entreprise a dépensé la totalité des 928 millions de dollars, principalement pour ce projet.

Les deux baux annulés concernaient :

  • Le projet Carolina Long Bay, au large de Wilmington (Caroline du Nord), annulé le 2 avril ;
  • Le projet Attentive Energy, au large du New Jersey, annulé le 13 avril.

Une opération critiquée par les défenseurs de l’environnement

Kit Kennedy, directrice du programme Énergie et climat au Natural Resources Defense Council (NRDC), dénonce un accord « davantage un cadeau déguisé ou une entente collusive ». Elle souligne l’ironie de voir l’administration Trump verser un milliard de dollars à une entreprise alors que les Américains peinent à payer leurs factures d’électricité : « Ce milliard provient de nos impôts, et le résultat net de ces accords sera d’augmenter les factures des consommateurs ».

TotalEnergies n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Le Département de l’Intérieur, contacté pour des précisions, n’a pas fourni de réponse directe mais a transmis une déclaration générale affirmant que « les accords respectent les procédures légales et visent à maximiser les retombées économiques pour les États-Unis ».

Une stratégie énergétique controversée

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de soutien aux énergies fossiles par l’administration Trump, malgré les engagements climatiques internationaux. Les critiques dénoncent un manque de transparence et un détournement des fonds publics vers des secteurs déjà financés, sans création de nouvelles capacités énergétiques durables.

Les documents révèlent ainsi que les promesses d’investissements « redirigés » vers des projets américains masquent en réalité des dépenses déjà planifiées, sans apport supplémentaire pour l’économie ou l’environnement.