Le retour inattendu de John Marshall Harlan dans le débat sur la citoyenneté par droit du sol

L’affaire de la citoyenneté par droit du sol a révélé un aspect surprenant : le retour en force du juge John Marshall Harlan. Une étude approfondie de ses conférences juridiques indique qu’une partie de l’ordre exécutif de Donald Trump pourrait être maintenue, en particulier pour les enfants nés de mères en séjour temporaire aux États-Unis.

Dans un essai publié par Civitas Outlook, l’auteur examine cette question. La sagesse populaire veut que la Cour suprême invalide l’intégralité de l’ordre présidentiel sur la citoyenneté par droit du sol. Pourtant, si les enfants de migrants en situation irrégulière mais domiciliés aux États-Unis conservent ce droit, la situation diffère pour ceux dont la mère est en visite touristique ou sous visa temporaire.

Une distinction juridique selon le statut de la mère

L’analyse juridique révèle une nuance importante. Pour les enfants de mères en séjour temporaire, comme les touristes, la situation n’est pas aussi claire. Le juge Harlan, dans une conférence de droit constitutionnel de 1898, avait affirmé que les enfants de touristes, « qui ne peuvent légalement se naturaliser aux États-Unis », ne bénéficiaient pas de la citoyenneté par droit du sol.

Lors des débats oraux à la Cour suprême, le juge Neil Gorsuch et les avocats de l’ACLU ont écarté cette position, invoquant le dissenting vote de Harlan dans l’affaire United States v. Wong Kim Ark. Pourtant, cette décision n’a pas établi de précédent contraignant sur le statut des séjours temporaires. Au contraire, les dissensions de Harlan, souvent validées par l’histoire, méritent une attention particulière.

Harlan, un juge visionnaire dont les idées pourraient prévaloir

Si les thèses de Harlan sont exactes, la Cour suprême pourrait adopter une position médiane : maintenir la citoyenneté par droit du sol pour les enfants de migrants en situation irrégulière mais domiciliés, tout en l’excluant pour les naissances de touristes. L’affaire Wong Kim Ark, bien qu’elle aborde la question des enfants nés de touristes, n’a pas tranché ce point de manière contraignante.

Harlan, dont les dissensions ont souvent été confirmées par l’histoire, avait également remis en cause l’interprétation de la signification originale du Quatorzième amendement. La décision Wong Kim Ark, rendue trois décennies après la ratification de cet amendement, ne reflète pas nécessairement son sens originel. Les juges majoritaires et minoritaires de l’époque avaient des avis divergents sur cette question.

L’importance de Wong Kim Ark réside dans son statut de précédent judiciaire. Elle a établi un cadre pour les enfants nés de migrants domiciliés, mais n’a pas statué sur les naissances de touristes. Dans ce contexte, les arguments de Harlan méritent une réévaluation.

« Les enfants de touristes, qui ne peuvent légalement se naturaliser aux États-Unis, ne bénéficient pas de la citoyenneté par droit du sol. » — Justice John Marshall Harlan, 1898

Une solution médiane pour concilier les positions

Cette approche permettrait à la Cour suprême de concilier les impératifs juridiques et les préoccupations politiques. D’un côté, elle préserverait le principe de la citoyenneté par droit du sol pour les enfants de migrants installés durablement. De l’autre, elle limiterait les abus liés aux naissances de convenance, où des femmes viennent aux États-Unis uniquement pour accoucher et offrir la nationalité à leur enfant.

Les écrits de Harlan, longtemps sous-estimés, pourraient ainsi jouer un rôle clé dans cette affaire. Son héritage juridique, marqué par une rigueur intellectuelle et une vision prospective, offre une base solide pour repenser l’application du droit du sol.

Source : Reason