WASHINGTON — L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) sous l’administration Trump remet en cause la légitimité de plus de 500 évaluations scientifiques sur la toxicité des produits chimiques. Une décision qui pourrait fragiliser des centaines de réglementations environnementales et sanitaires aux États-Unis et à l’étranger.
Depuis des décennies, le programme IRIS (Integrated Risk Information System) de l’EPA fournissait des données essentielles pour établir les normes de sécurité chimique. Ces évaluations, réalisées par des scientifiques indépendants, déterminent les seuils d’exposition sans danger pour la santé humaine, notamment pour des substances cancérigènes. Elles servent de base à des milliers de réglementations fédérales et locales, ainsi qu’à des permis industriels.
Dans une note interne obtenue par ProPublica, David Fotouhi, administrateur adjoint de l’EPA, a vivement critiqué le programme IRIS et ordonné aux services de l’agence de réexaminer toutes les évaluations utilisées. Il a également conseillé aux entités externes ayant recours à ces données de procéder à des vérifications similaires, tout en les mettant en garde contre leur utilisation dans de futures réglementations. Le mémo de six pages annonce aussi l’ajout d’un avertissement sur le site d’IRIS, précisant que ses conclusions ne doivent pas nécessairement servir de référence pour la réglementation.
Cette décision est perçue comme un recul majeur par les experts.
« Cela ouvre la porte aux entreprises polluantes pour contester les règles environnementales qu’elles jugent défavorables. »a déclaré Robert Sussman, ancien avocat de l’EPA et spécialiste des questions environnementales.
« Désormais, toute personne souhaitant ignorer une réglementation ou une action en justice peut simplement invoquer ce mémo pour remettre en cause la validité des données IRIS. C’est un coup dur pour la protection de la santé publique. »
Les critiques envers IRIS ne sont pas nouvelles. David Fotouhi, avant d’occuper ses fonctions actuelles, était avocat pour des entreprises accusées de pollution toxique. Dans un communiqué, l’EPA a affirmé que ses directives respectaient les obligations éthiques et ne mettaient pas en danger la population. L’agence a précisé que toute modification des normes ou des permis devait suivre une procédure incluant la participation du public.
Créé en 1985, IRIS est considéré comme une référence mondiale en matière d’évaluation des risques chimiques. Ses travaux ont permis d’établir des seuils de sécurité pour des substances comme l’arsenic dans l’eau potable ou le plomb dans les peintures et les sols. En remettant en cause ses conclusions, l’administration Trump risque de saper des décennies de travail scientifique, au nom d’une approche jugée plus favorable aux industries.