Une campagne publicitaire agressive contre les stablecoins
L'American Bankers Association (ABA) mène une offensive médiatique sans précédent à Washington pour influencer les sénateurs. Une publicité récente, diffusée sur Politico Morning Money, appelle à « protéger le crédit local tout en encourageant l'innovation » et à « fermer la faille des stablecoins ».
Cette campagne, documentée dans les archives publicitaires de l'ABA, cible non seulement le Congrès, mais aussi la Maison-Blanche et les agences de régulation. En janvier 2026, plus de 3 200 banquiers ont signé une lettre exigeant du Sénat la fermeture de ce qu'ils appellent « la faille des intérêts payés ».
Un lobbying coordonné et massif
Plusieurs groupes soutenus par l'ABA ont ensuite joint leurs forces pour demander au Congrès d'interdire formellement les incitations liées aux stablecoins, qu'elles émanent des émetteurs, de leurs plateformes affiliées ou de partenaires tiers. L'ABA met en garde : si le texte reste flou, 6 600 milliards de dollars de dépôts pourraient quitter les banques locales.
Cette mobilisation s'intensifie alors que le Sénat dispose de peu de temps pour examiner le projet de loi. La Chambre des représentants a adopté la loi CLARITY le 17 juillet 2025 par 294 voix contre 134, offrant un mandat clair au Sénat. Pourtant, la commission bancaire du Sénat, présidée par Tim Scott, n'a toujours pas fixé de date pour son examen, initialement prévu le 15 janvier 2026.
Un calendrier politique de plus en plus serré
Le calendrier législatif se resserre. Les négociations sur les rendements des stablecoins réduisent encore la fenêtre disponible. Selon des rapports, un examen en commission pourrait avoir lieu fin avril ou début mai, mais le temps restant avant la pause estivale est limité. Les désaccords persistent, notamment sur les questions d'éthique et de lutte contre le financement illicite, en plus des tensions autour des stablecoins.
L'enjeu réel : une concurrence déloyale selon les banques
Le GENIUS Act interdit déjà aux émetteurs de stablecoins de verser directement des intérêts. Cependant, l'ABA cible une faille dans le projet de loi actuel : l'absence d'interdiction explicite pour les plateformes affiliées ou les partenaires tiers de distribuer des récompenses en tokens.
Concrètement, une plateforme d'échange détenant un stablecoin rémunérateur pourrait ainsi concurrencer les dépôts bancaires. Les banques veulent donc fermer cette porte. C'est le cœur de leur argumentaire.
Les arguments économiques contestés
Le Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche (CEA) estime qu'interdire les rendements sur les stablecoins augmenterait les prêts bancaires de seulement 2,1 milliards de dollars, soit 0,02 % du volume actuel, au prix d'un coût net de 800 millions de dollars. Les grandes banques capteraient 76 % de ces nouveaux prêts, contre 24 % pour les banques communautaires, pourtant au cœur de l'argumentaire pro-local.
L'ABA a rétorqué cinq jours plus tard que le CEA avait mal posé la question. Selon elle, le vrai risque réside dans un scénario futur où les stablecoins rémunérateurs pourraient détourner massivement les dépôts bancaires.