La Cour suprême des États-Unis a rendu une décision unanime mercredi, invalidant les efforts du New Jersey pour enquêter sur un centre de grossesse anti-avortement, First Choice Women’s Resource Centers, accusé d’avoir induit en erreur ses clients. Les juges ont estimé à l’unanimité que la large assignation à comparaître émise par l’ancien procureur général de l’État, Matthew Platkin, portant sur les donateurs de ce réseau de centres dans le nord-est du New Jersey, portait atteinte aux droits d’association protégés par le Premier Amendement.

Une décision historique et ses implications

Dans son arrêt, la Cour a rappelé que les demandes d’informations sur les donateurs privés, même destinées à rester confidentielles, peuvent « glacer » les droits d’association protégés par le Premier Amendement. Le juge Neil Gorsuch, auteur de l’opinion majoritaire, a comparé cette situation à celle des années 1950, lorsque l’Alabama avait tenté d’obtenir les listes des membres de la NAACP. La Cour suprême avait alors statué en faveur de l’association, protégeant ainsi la liberté d’association des minorités politiques, sociales et religieuses.

« Les droits d’association revêtent une importance particulière pour les minorités politiques, sociales, religieuses et autres. Les retirer expose l’expression dissidente à la marginalisation, voire à la suppression par la majorité, appauvrissant ainsi l’ensemble de la société. »

Cette décision, deuxième victoire majeure en quelques années pour l’industrie des centres de grossesse de crise (CPC), limite considérablement la capacité des États à enquêter sur ces organisations. En 2018, la Cour avait déjà bloqué une loi californienne imposant aux CPC d’informer leurs patientes sur les services publics de planification familiale, incluant l’avortement.

Les centres de grossesse de crise : entre aide et désinformation

Les CPC, souvent des organisations à caractère religieux, se présentent comme des alternatives aux cliniques proposant des interruptions de grossesse. Elles offrent gratuitement des tests de grossesse, des échographies, des vêtements et des couches pour bébé. Cependant, de nombreux rapports ont révélé qu’elles utilisent des informations trompeuses ou partiales pour dissuader les femmes d’avorter.

First Choice, qui a accompagné plus de 36 000 femmes depuis sa création en 1985, illustre cette stratégie. Le réseau a développé des sites web distincts pour ses donateurs et pour le grand public, adaptant son discours anti-avortement selon l’audience cible. « Priver les individus de la liberté de s’associer sans ingérence gouvernementale revient à vider cette liberté de tout sens », a souligné la Cour.

Un débat sur la procédure judiciaire

La question centrale de l’affaire portait sur la possibilité pour First Choice de contester directement une assignation à comparaître devant un tribunal fédéral, sans passer par les tribunaux d’État. La procédure classique exige en effet de saisir d’abord les juridictions locales avant de faire appel aux tribunaux fédéraux.

L’Alliance Defending Freedom (ADF), le groupe conservateur représentant First Choice, a accusé Matthew Platkin d’avoir ciblé l’organisation en raison de ses convictions religieuses et de son opposition à l’avortement. Selon l’ADF, les implications de cette assignation étaient si graves que First Choice devait pouvoir saisir immédiatement un tribunal fédéral pour contester la demande. La Cour a finalement tranché en sa faveur, ouvrant la voie à un recours fédéral contre la subpoena.

Conséquences pour les enquêtes futures

Cette décision risque de renforcer la protection des CPC contre les investigations des États. Les procureurs généraux et législateurs devront désormais naviguer dans un cadre juridique plus restrictif pour enquêter sur les pratiques de ces centres, souvent accusés de désinformation et de manipulation.