La Cour suprême des États-Unis, présidée par John Roberts, a une fois de plus démontré son alignement politique en validant, lundi soir, un redécoupage électoral controversé en Alabama. Par six voix contre trois, les juges nommés par les républicains ont autorisé l’État à utiliser une carte électorale gerrymanderée pour les élections de mi-mandat de 2026, malgré les précédents juridiques et les décisions des tribunaux inférieurs.

Cette décision intervient moins de deux semaines après que la Cour a affaibli le Voting Rights Act dans l’affaire Louisiana v. Callais, une décision qui, selon les experts, donne un blanc-seing aux États républicains pour réduire la représentation des minorités. En Alabama, où les Noirs représentent 27 % de la population, la nouvelle carte électorale réduit à une seule le nombre de circonscriptions où les électeurs noirs peuvent élire leur candidat de choix, contre deux auparavant.

Les juges républicains ont ignoré les précédents établis par la Cour elle-même, dont l’arrêt Allen v. Milligan de 2023, qui avait ordonné à l’Alabama de créer une deuxième circonscription à majorité noire. Cette volte-face judiciaire montre comment la Cour suprême, en s’appuyant sur sa décision dans Callais, facilite désormais les manipulations électorales pour maximiser les sièges républicains.

Un redécoupage électoral au service d’un parti

Les législateurs républicains de l’Alabama avaient initialement proposé une carte électorale ne laissant qu’une seule circonscription à majorité noire. Après l’arrêt Callais, ils ont annoncé leur intention d’éliminer les deux circonscriptions actuelles, privant ainsi l’État, berceau du mouvement des droits civiques, de toute représentation noire au Congrès.

La décision de la Cour suprême, rendue en dernière minute, valide la carte à six circonscriptions contre une, mais laisse la porte ouverte à une carte à sept circonscriptions, voire à un redécoupage encore plus agressif d’ici 2028. Cette intervention judiciaire intervient alors que le chef de la Cour, John Roberts, affirmait récemment que les juges n’étaient pas des « acteurs politiques ».

« Le mépris flagrant de John Roberts, qui affirme que la Cour n’est pas partisane, relève de l’absurdité. Il n’est pas nécessaire d’être juriste pour constater que la Cour prend des décisions qui favorisent clairement un parti. »

— Kareem Crayton, expert en redécoupage électoral au Brennan Center for Justice

Une Cour suprême en pleine dérive politique

Cette décision s’inscrit dans une série d’arrêts récents qui remettent en cause les droits électoraux et facilitent les manipulations des cartes électorales. En Alabama, comme dans d’autres États républicains, les législateurs utilisent désormais les failles juridiques créées par la Cour pour marginaliser les minorités et renforcer leur emprise politique.

Les observateurs s’inquiètent de l’impact de ces décisions sur la démocratie américaine. « La Cour suprême ne se contente pas d’autoriser une nouvelle vague de redécoupage partisan et racial, elle élimine tous les obstacles pour permettre aux républicains de remporter autant de sièges que possible lors des prochaines élections », souligne un analyste politique.

Avec cette validation du gerrymandering en Alabama, la Cour suprême confirme son rôle d’instrument politique au service du Parti républicain, au mépris des principes d’équité et de représentation.