Une présence dominante à la Cour suprême
La juge Ketanji Brown Jackson, souvent désignée par l’acronyme KBJ, s’impose comme une figure atypique de la Cour suprême américaine. Contrairement à ses prédécesseurs, son influence ne se mesure pas par des décisions transformatrices, mais par une activité verbale intense qui pèse sur l’ensemble de la Cour.
Des chiffres qui parlent
Selon les analyses d’Adam Feldman, spécialiste des données judiciaires, la juge Jackson a prononcé plus de 53 000 mots lors des audiences de cette session. Un chiffre bien supérieur à celui de ses collègues : la juge Sotomayor (35 000 mots) et la juge Kagan (30 000 mots) suivent de loin. Même en additionnant les interventions des juges Roberts, Thomas et Barrett (environ 48 000 mots), on reste en dessous du total de KBJ.
Dans neuf des dix audiences les plus longues de la session, la juge Jackson a monopolisé plus d’un quart des prises de parole des magistrats. Une domination sans précédent, qui contraste avec le style plus mesuré de ses prédécesseurs.
Des dissidences solitaires et des retards préoccupants
Au-delà de ses interventions lors des audiences, la juge Jackson se distingue par ses dissidences isolées. Dans plusieurs affaires, elle adopte des positions si radicales que même les juges progressistes comme Sotomayor et Kagan refusent de la suivre. Récemment, elle a été la seule à accuser la majorité de partialité, une critique qui a poussé le juge Alito à répondre par une opinion concurrente rédigée en urgence.
Autre source de tensions : son traitement des demandes d’urgence. Dans l’affaire Libby v. Fectau, elle a tardé à solliciter une réponse, retardant ainsi une décision d’urgence. À l’inverse, le juge Alito a agi avec célérité dans l’affaire Mifepristone, accordant une suspension administrative en un temps record. Ces différences de méthode soulèvent des questions sur l’efficacité et l’impartialité de ses interventions.
Un style qui divise
Si certains observateurs saluent son engagement, d’autres critiquent son approche jugée trop laborieuse. Ses longues questions, souvent redondantes, obligent les autres magistrats à s’adapter, parfois au détriment de l’efficacité collective. Comme le souligne un analyste, « écouter la juge Jackson pendant une audience revient à perdre un temps précieux ».
Son surnom, « la Laborieuse KBJ », reflète cette réalité : une magistrate dont l’activité, bien que visible, ne semble pas toujours servir l’intérêt général. Une tendance qui interroge sur l’équilibre des forces au sein de la plus haute instance judiciaire américaine.