WASHINGTON — Le projet de loi Clarity Act, conçu pour encadrer les stablecoins aux États-Unis, s’enlise au Congrès. Pourtant, les acteurs du secteur estiment que son issue est déjà scellée. Zachary Townsend, PDG de Meanwhile, une entreprise spécialisée dans l’assurance crypto, qualifie les tentatives des banques traditionnelles de « combat d’arrière-garde ».

« Chaque acteur en place résiste à un produit financier supérieur », déclare Townsend. « Bloquer la Clarity Act ne changera pas l’issue finale. Elles font pression, elles retardent, mais perdent quand même le marché. »

Cette analyse optimiste intervient alors que la Commission bancaire du Sénat a reporté sine die la date de révision du texte, initialement prévue en avril. Trois points de blocage persistent : les dispositions sur la décentralisation, la sécurisation des votes républicains et la question du rendement des stablecoins.

Malgré ce retard, le président Donald Trump a réaffirmé son soutien au projet lors d’une rencontre avec des investisseurs en cryptomonnaies à Mar-a-Lago, promettant de le signer dès son adoption. « Les banques mènent un combat d’arrière-garde, alors que le vrai déplacement des dépôts est déjà en cours », souligne Townsend.

Pourquoi les stablecoins divisent-ils autant ?

Le cœur du débat porte sur l’interdiction du rendement sur les stablecoins. La Genius Act, promulguée en juillet 2025, impose aux émetteurs de stablecoins de détenir des réserves à 100 % (dollars, bons du Trésor, fonds monétaires, etc.), mais leur interdit de verser des intérêts directs aux détenteurs. En revanche, elle ne bloque pas les tiers ou affiliés de structurer des produits de rendement autour de ces actifs.

Certaines versions de la Clarity Act visent à combler cette faille. Les groupes bancaires s’opposent farouchement à cette possibilité, craignant que les rendements attractifs des stablecoins ne vident leurs comptes de dépôts. Ils redoutent aussi une réduction de leur capacité à prêter, les réserves des stablecoins étant intégralement couvertes et non fractionnées comme dans le système bancaire traditionnel.

Pourtant, une analyse économique de la Maison Blanche, publiée début avril, relativise ces craintes. Selon ce modèle, l’interdiction du rendement des stablecoins n’entraînerait qu’une hausse marginale des prêts bancaires (+2,1 milliards de dollars, soit 0,02 % du total), au prix d’un coût net de 800 millions de dollars pour l’économie. Les grandes banques bénéficieraient de 76 % de cet effet, tandis que les banques communautaires verraient leurs prêts augmenter de 500 millions (+0,026 %).

Même dans un scénario extrême — où les stablecoins représenteraient six fois plus de dépôts et où leurs réserves seraient entièrement en cash non rémunérateur — l’impact resterait limité : +4,4 % des prêts bancaires au total, et +6,7 % pour les banques communautaires.

Pour Townsend, ce débat est avant tout symbolique. « La migration des dépôts vers les stablecoins est une tendance structurelle », explique-t-il. En janvier, Standard Chartered estimait que les banques pourraient perdre jusqu’à 1 500 milliards de dollars de dépôts au profit des stablecoins d’ici 2028, indépendamment des règles sur le rendement.

Un calendrier législatif de plus en plus serré

Le temps presse. Le sénateur républicain Thom Tillis a demandé un délai supplémentaire pour consulter les banques sur la question du rendement, retardant la publication du texte final. Si le projet n’est pas adopté avant les élections de mi-mandat en novembre, il pourrait être reporté de plusieurs années, selon Alex Thorn, responsable de la recherche chez Galaxy Digital.

« Si la révision est repoussée après mi-mai, les chances d’adoption en 2026 chutent brutalement », avertit Thorn dans une note interne. « À notre avis, les probabilités que la Clarity Act soit signée en 2026 sont de 50-50, voire moins. » Sur Polymarket, les parieurs estiment à 47 % les chances de voir le texte aboutir.

Source : DL News