Une enquête censurée en 2002
En 2002, la journaliste Vicky Ward, alors rédactrice pour le magazine Vanity Fair, reçoit pour mission d’enquêter sur Jeffrey Epstein, un mystérieux financier new-yorkais. Au cours de ses recherches, elle recueille les témoignages accablants de Maria et Annie Farmer, deux sœurs affirmant avoir été victimes d’abus sexuels de la part d’Epstein. Pourtant, ces éléments sont finalement exclus de son article, intitulé « The Talented Mr. Epstein », publié en 2003.
Un conflit éditorial persistant
Cette décision a donné lieu à une vive controverse entre Ward et Graydon Carter, alors rédacteur en chef de Vanity Fair. Carter a toujours justifié cette suppression en invoquant des raisons éditoriales, affirmant que les allégations étaient arrivées trop tard dans le processus de révision. Cependant, Ward soutient que le magazine a cédé aux pressions d’Epstein lui-même, qui aurait directement contacté Carter pour faire retirer ces passages.
Dans une récente interview, Ward déclare :
« On m’a souvent demandé si Tina Brown ou une autre femme avait été rédactrice en chef à l’époque, est-ce que les allégations des sœurs Farmer auraient été publiées ? La réponse est clairement oui. »
La suite des révélations et leurs conséquences
Les sœurs Farmer ont finalement rendu leurs accusations publiques, révélant l’ampleur des abus perpétrés par Epstein. Ce dernier a continué ses agissements jusqu’à son inculpation pour trafic sexuel en 2019. Dans un épisode récent de son podcast, Ward revient sur les choix éditoriaux de l’époque, le rôle de Ghislaine Maxwell dans les crimes d’Epstein, et analyse les circonstances entourant la mort du condamné.
Les réactions des sœurs Farmer
Contactées pour réagir, Maria et Annie Farmer ont partagé leur version des faits :
« Nous avons fait confiance à Vicky Ward pour relater nos témoignages directs sur les crimes de Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell. Pourtant, elle a choisi de taire nos expériences et a publié en 2003 un article dans Vanity Fair qui a blanchi, protégé et même renforcé la réputation d’Epstein. Pire encore, elle a publié un autre portrait élogieux en 2011. Ces articles ont permis à Epstein et Maxwell de continuer à cibler d’autres jeunes femmes et filles pendant des décennies. »
La réponse de Vicky Ward
Face à ces accusations, Ward a répondu :
« Ces mots me peinent profondément. Je comprends la frustration et la déception de Maria et Annie. Je leur ai déjà présenté mes excuses dans mon podcast Chasing Ghislaine, et je maintiens ces propos. J’aurais tant voulu que leurs témoignages figurent dans l’article de 2003. Leur exclusion m’a autant déçue qu’elles, c’est pourquoi je les ai recontactées en 2015 pour raconter ce qui s’était passé au sein du magazine. Je n’aurais pas évoqué publiquement ces événements si elles ne me l’avaient pas demandé, dans l’espoir de corriger une injustice qui n’aurait jamais dû se produire – et de veiller à ce que cela ne se reproduise plus. Je mesure aussi l’ampleur de leur souffrance, bien plus grande que les querelles internes de Vanity Fair. Je leur souhaite tout le meilleur. »
Ressources et contacts utiles
Pour toute personne concernée par les violences sexuelles, le RAINN’s National Sexual Assault Hotline est disponible au 800-656-HOPE.
Retrouvez l’intégralité de l’épisode du podcast More To The Story pour approfondir ce sujet.