Une décision judiciaire historique

Un juge fédéral a statué vendredi que le ministère de la Justice (DOJ) et le département de la Sécurité intérieure (DHS) avaient probablement enfreint le Premier Amendement en contraignant Apple et Facebook à supprimer des plateformes utilisées pour partager des informations sur les opérations de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE).

Une plainte contre deux anciens responsables

Dans une plainte déposée en février contre l'ex-procureure générale Pam Bondi et l'ex-secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, la Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE) les accuse d'avoir « menacé à plusieurs reprises de poursuivre des individus et des entités pour avoir diffusé des informations sur les opérations de l'ICE », en violation de la liberté d'expression.

Bien que les deux femmes aient depuis quitté leurs fonctions, la procédure se poursuit contre leurs successeurs.

Deux plateformes censurées sous pression

La plainte détaille le cas de deux plaignants dont les plateformes ont été supprimées par Apple et Facebook après des démarches du DOJ à l'automne dernier :

  • Kassandra Rosado, créatrice d'un groupe Facebook populaire intitulé « ICE Sightings – Chicagoland »,
  • Kreisau Group, LLC, développeur de l'application « Eyes Up ».

Ces plateformes permettaient de partager des informations sur les activités d'application des lois en matière d'immigration, y compris des vidéos d'opérations, protégées par le Premier Amendement.

Des menaces explicites de poursuites

La suppression de ces deux plateformes a coïncidé avec celle d'une application similaire, ICEBlock, qui avait fait la une en juillet après que Noem ait menacé de poursuivre CNN pour avoir rapporté sur cette application. Bondi avait également menacé de poursuites en déclarant à Fox News que le créateur d'ICEBlock « ferait mieux de faire attention ».

Dès le début octobre, des applications comme ICEBlock, dont Eyes Up, ont été retirées de l'App Store d'Apple. Peu après, le groupe Facebook « ICE Sightings – Chicagoland » a été supprimé de la plateforme.

Une coercition gouvernementale contestée

Bien que le gouvernement soit interdit de restreindre la liberté d'expression, les entreprises privées peuvent appliquer leurs propres règles en matière de contenu. Apple et Facebook ont justifié la suppression des plateformes par des violations de leurs directives, mais aucune mention de ces infractions ou de risques de fermeture n'avait été signalée avant l'intervention du gouvernement, selon la plainte.

Après la suppression du groupe Facebook comptant près de 100 000 membres, Bondi s'est vantée sur les réseaux sociaux de l'implication du DOJ dans cette décision. Elle a accusé le groupe de « doxxing » et de cibler des agents de l'ICE, promettant de « continuer à travailler avec les entreprises technologiques pour éliminer les plateformes où des radicaux pourraient inciter à la violence contre les forces de l'ordre fédérales ».

Une décision du juge confirmant la coercition

« Les déclarations de Bondi et Noem, bien que ne constituant pas des menaces directes de poursuites contre Facebook et Apple, sont des sous-entendus menaçants. Ces menaces voilées constituent des preuves suffisantes pour que les plaignants aient de fortes chances de l'emporter sur leur réclamation. »

— Juge Jorge L. Alonso, tribunal de district des États-Unis

Le juge a estimé que les « préjudices subis par Rosado et le Kreisau Group sont probablement imputables à une application forcée de la loi par le gouvernement ». Il a accordé à la FIRE une ordonnance préliminaire pour bloquer les actions du DOJ et du DHS dans cette affaire.

Un précédent pour la liberté d'expression

Cette décision marque un tournant dans le débat sur la censure en ligne et l'influence gouvernementale sur les plateformes privées. Elle rappelle que même des allusions à des poursuites peuvent être considérées comme une coercition illégale, violant ainsi les droits constitutionnels.

Source : Reason