Le ministère de la Justice américain a inculpé l'ancien directeur du FBI, James Comey, pour avoir publié une publication Instagram jugée menaçante envers l'ancien président Donald Trump. L'inculpation, datée du 15 mai 2025, allègue que Comey a « sciemment et volontairement menacé de porter atteinte à la vie et à l'intégrité physique » du président des États-Unis en partageant une image de coquillages disposés en forme de « 86 47 ».

Selon l'acte d'accusation, cette publication, interprétée comme une menace sérieuse par un destinataire raisonnable, violerait deux lois fédérales : l'article 871(a) du Titre 18 du Code des États-Unis, qui sanctionne les menaces contre le président, ainsi que l'article 875(c), qui concerne les menaces transmises par voie interétatique.

Comey a immédiatement réagi en qualifiant cette procédure de « injustifiée » et a exprimé sa conviction que l'affaire serait rejetée. Dans une analyse détaillée, il a contesté l'interprétation des autorités, soulignant que le terme « 86 » est avant tout un argot utilisé dans le milieu de la restauration pour signifier « refuser de servir » ou « exclure » une personne.

Le sens du terme « 86 » et son contexte

Pour étayer son argument, Comey a cité le Oxford English Dictionary, qui définit « eighty-six » comme suit :

« Éjecter ou interdire (une personne) d'un lieu ; rejeter ou abandonner ; (dans son usage le plus ancien) refuser de servir (un client). »

Il a ensuite fourni plusieurs exemples historiques de l'utilisation de ce terme :

  • En 1942, dans le Times Herald de Washington : « 'Eighty-six' est le terme professionnel pour refuser de servir un client en état d'ébriété. »
  • En 1959, dans l'Observer : « J'ai eighty-sixed quelques banquiers carrés du temple. » (signifiant « évincer »)
  • En 1968, dans le New York Times : « Vous êtes 86'd », une phrase de bar signifiant « vous êtes banni d'ici ».

Comey a également souligné que, sans contexte supplémentaire, une interprétation de cette publication comme une menace de violence serait déraisonnable. Il a rappelé que la jurisprudence américaine, notamment l'arrêt Counterman v. Colorado (2023), exige qu'une déclaration soit « raisonnablement perçue comme une menace » pour tomber sous le coup de l'exception des « vraies menaces » au Premier Amendement.

Une affaire aux enjeux juridiques et politiques

Cette affaire soulève des questions sur la limite entre liberté d'expression et incrimination pour menaces. Les détracteurs de Comey y voient une tentative de museler une figure critique du gouvernement, tandis que ses partisans dénoncent une instrumentalisation du droit pour des raisons politiques.

Les avocats de Comey devraient plaider que sa publication relevait d'un commentaire sarcastique ou d'une critique politique, protégée par le Premier Amendement. L'issue de cette affaire pourrait avoir des répercussions sur la manière dont les propos en ligne sont interprétés et sanctionnés aux États-Unis.

Source : Reason