Une loi texane controversée validée par la justice fédérale

Un tribunal d'appel américain a confirmé mardi la légalité d'une loi texane exigeant l'affichage des Dix Commandements dans les salles de classe des écoles publiques. La décision de la Cour d'appel du 5e circuit relance un débat national sur la séparation de l'Église et de l'État.

Les exigences précises de la loi S.B. 10

Adoptée en 2023, la loi Senate Bill 10 (S.B. 10) impose aux établissements scolaires publics du Texas d'afficher des posters des Dix Commandements dans un endroit visible. Les affiches doivent mesurer au minimum 16 pouces de large sur 20 pouces de haut et présenter une version spécifique des commandements. Les salles de classe non équipées peuvent, mais ne sont pas obligées, d'acheter les posters conformes. Les dons de posters conformes sont également acceptés.

Un tollé parmi les enseignants et les défenseurs de la laïcité

Avant la décision de mardi, deux juges fédéraux avaient jugé la loi anticonstitutionnelle, bloquant son application dans 25 districts scolaires. Certains enseignants ont même démissionné en signe de protestation, selon l'Associated Press.

Dans une décision antérieure, le juge Fred Biery avait estimé que la loi dépassait le cadre de la simple exposition pour entrer dans celui de la coercition. Il avait souligné l'absence de tradition historique justifiant l'utilisation des Dix Commandements dans l'éducation publique.

La Cour d'appel du 5e circuit justifie sa décision

Les trois juges de la Cour d'appel ont estimé que la loi ne violait ni le clause d'établissement ni la clause de libre exercice du Premier amendement. Ils ont précisé que S.B. 10 n'impose aucune pratique religieuse : les élèves ne sont pas catéchisés, ni incités à adopter ces commandements. Les enseignants ne sont pas tenus de prosélytiser, ni de contredire les élèves qui les remettent en question.

« Pour les plaignants, le simple fait d'exposer les enfants à un langage religieux suffit à transformer ces affiches en instruments de dressage coercitif. Nous ne partageons pas cette analyse. »

Les partisans de la loi y voient un guide moral

Le sénateur républicain Phil King, auteur de la loi, a déclaré en juin à Todd Starnes : « Nous voulons que chaque enfant, de la maternelle au lycée, voie chaque jour dans sa salle de classe : ‘Il est mal de tuer, il est mal de voler, il est mal de mentir.’ Nous voulons qu'ils lisent ces mots que Dieu a dictés. »

Il a ajouté : « Parce que nous voulons qu'ils comprennent l'importance de ces déclarations divines, ces règles de Dieu, qu'ils les voient dans leurs salles de classe chaque jour de leur scolarité publique. »

Les opposants annoncent un recours devant la Cour suprême

Les organisations de défense des droits civiques, dont la section texane de l'ACLU, ont réagi avec fermeté. Elles ont qualifié la décision de mardi de violation des principes fondamentaux du Premier amendement et de la jurisprudence de la Cour suprême.

Dans un communiqué, elles ont annoncé leur intention de demander à la Cour suprême d'annuler cette décision et de protéger les droits religieux des enfants et des parents.

Si l'affaire parvient jusqu'à la Cour suprême, celle-ci examinera probablement la conformité de la loi avec la clause d'établissement sous un angle historique.

Contexte et enjeux de la loi S.B. 10

  • Origine : La loi a été adoptée en 2023 par le législateur texan, dominé par les républicains.
  • Objectif affiché : Promouvoir les valeurs morales dans les écoles publiques, selon ses partisans.
  • Critiques : Les opposants y voient une violation de la neutralité religieuse de l'État et une tentative d'imposer une vision particulière du christianisme dans les écoles.
  • Conséquences : La loi a déjà provoqué des tensions dans certains districts scolaires, avec des démissions d'enseignants et des contestations juridiques.
Source : Reason